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Roger Capron, le céramiste qui a réinventé Vallauris

Né à Vincennes en 1922, Roger Capron se destine très tôt au dessin et à la sculpture. 

Après des études à l’École des Arts Appliqués de Paris, où il suit notamment l’enseignement du décorateur René Gabriel, il découvre la céramique lors d’un stage chez un potier — une rencontre qui va orienter toute sa carrière. De cette formation, il retient une conviction qui ne le quittera plus : rendre le beau accessible à tous.


L’aventure de Vallauris
En 1946, après quelques incursions dans le décor de théâtre et l’affiche publicitaire, Capron quitte Paris pour s’installer à Vallauris, village provençal déjà marqué par la tradition potière. Avec Robert Picault, il y fonde l’atelier Callis, participant activement à la renaissance de la céramique locale. La même année, avec le soutien d’André Baud, le duo organise avec Suzanne Ramié la première exposition de potiers au Nérolium, un événement fondateur qui permet aux céramistes de Vallauris de se faire connaître des galeristes et de vendre directement aux touristes.
C’est dans cette période que s’affirment les motifs qui deviendront sa signature : branchages, personnages stylisés, soleils et compositions géométriques. Si Pablo Picasso avait déjà porté Vallauris sur la scène artistique internationale, c’est en grande partie grâce à Capron et à ses contemporains que le village devient un pôle créatif majeur de la Méditerranée dans les années 1950.


Consécration et grands chantiers
Le travail de Capron est rapidement salué : médaille d’or à la Xe Triennale de Milan en 1954, médaille d’argent à Cannes en 1955, puis grand prix international en 1970. Cette reconnaissance s’accompagne d’un élargissement de son champ d’action vers la céramique architecturale. À partir de 1955, il réalise la façade de la gare maritime de Cannes, un ensemble de grès émaillé couvrant plusieurs centaines de mètres carrés. En 1967, il signe les décors de l’Hôtel Byblos à Saint-Tropez, notamment une piste de danse en grès grand feu — autant de commandes qui l’installent parmi les grandes figures du design méditerranéen de l’après-guerre.
En 1955, Roger Capron épouse Jacotte Capron, qui devient une collaboratrice essentielle : elle contribue de façon déterminante à l’évolution de la palette chromatique de l’atelier, en particulier sur les œuvres tardives.


La traversée des difficultés
L’entreprise que Capron a bâtie autour de son nom rencontre de sérieuses difficultés économiques et il dépose le bilan en 1982. Il doit alors céder modèles, brevets, procédés de fabrication et jusqu’à son nom commercial à Jean-Michel Carré — une rupture radicale après des décennies de travail.
À soixante ans, plutôt que de se retirer, Capron repart de zéro. Il se consacre à la céramique sculpturale, produisant désormais des pièces uniques plutôt que des séries. Cette dernière période de création explore un bestiaire personnel, le corps féminin et des figures hybrides, dans un langage plus proche de la sculpture que du décor.


Un engagement au-delà de l’atelier
Capron ne s’est pas contenté de créer : il a aussi défendu sa profession, en s’impliquant localement à Vallauris comme à Paris au sein de la chambre syndicale des céramistes, l’ancêtre de l’actuelle Fondation des Ateliers d’Art. Il continue de travailler jusqu’à sa mort en 2006, laissant une œuvre qui traverse près de soixante ans de création — de la production industrielle des Trente Glorieuses aux pièces uniques de la maturité.
Aujourd’hui, ses céramiques — plats, tables en faïence, vases muraux, sculptures — sont recherchées sur le marché de l’art et du design vintage, portées par cette double identité qui a fait sa singularité : celle d’un artiste exigeant doublé d’un véritable entrepreneur.